L’illusion du contrôle

Julie était assise dans le canapé de son salon. Lumières tamisées, un verre de vin à la main. Le regard perdu dans le vide, elle se demandait comment elle avait pu en arriver là. Elle ne ressentait plus rien. Si … un peu de joie par-ci, par là, elle reconnaissait la beauté d’un film, l’harmonie d’un paysage. Mais en matière de sentiment, c’était le vide total.

Elle courait de soirées au théâtre en vernissages, de conversations animées autour d’un verre en nuits en discothèque. Elle épuisait son corps et son esprit, elle voulait toujours plus. Sa vie était pleine, intéressante, passionnante, et pourtant…

C’était très rare qu’elle se retrouve seule à la maison, comme ce soir. A bien y réfléchir, elle n’aimait pas trop ça, avec toutes ces idées bizarres qu’elle ne pouvait se sortir de la tête. Vivement demain et le resto avec Marie… Son esprit dérivait…

Julie avait des amants. Elle faisait l’amour mécaniquement, sans que rien ne fasse vibrer son âme, ballet bien réglé entre deux personnes consentantes. Les séparations du petit matin, les plus courtes étant les meilleures : « oui, à bientôt, on s’appelle… » Elle débitait ces paroles toutes faites, répétées mille fois déjà, sachant très bien qu’elle n’en pensait pas un mot. Certains étaient de passage, il suffisait parfois d’un regard échangé dans un bar, ou d’une rencontre sur internet. D’autres étaient réguliers. Sans qu’elle sache vraiment pourquoi, c’était comme ça, le hasard… et un certain sens du pratique. Elle s’autorisait à revoir ceux qui ne le lui demandait pas trop, ceux qui gardait leurs distances, ceux qui ne s’emballaient pas. Elle préférait, elle avait l’impression de garder le contrôle, elle ne prenait aucun risque. Elle ne se demandait pas ce qu’ils pensaient d’elle, s’ils voulaient la revoir, ou pourquoi ils n’appelaient pas. Elle avait pitié de ses amies qui passaient des heures à se demander ce qu’elles porteraient pour impressionner un garçon. Au moins, elle, elle décidait de qui elle voyait et quand.

Mais… Une question lui revenait sans cesse, lancinante, persistante… : la dernière fois qu’elle avait ressenti quelque chose, c’était quand ? … Ah oui… La dernière fois… Elle avait pleuré.

(Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture « En roue libre »)

Publicités

2 réflexions sur “L’illusion du contrôle

  1. J’aime tout particulièrement ce texte … Je ne saurais dire pourquoi, il est troublant, et tellement vrai à la fois. Il me rappelle peut être quelqu’un je ne sais pas. En tout cas bravo vous avez la plume délicate.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s