Partir du texte d’un autre – La carte postale

Le texte dont je devais m’inspirer, était une carte postale d’un garçon à son ami François à qui il parlait de cette île qu’il découvrait, de ses sorties en bateau et de ses balades avec le professeur et ses deux chiens.  

Les jours se succédaient, intemporels et empreints de douceur dans cette île paradisiaque. Entre les longues balades sur la plage, les parties de pêche, les courses effrénées avec les chiens et les longues discussion avec le professeur, Lucien ne s’ennuyait pas. Il ne se souvenait pas d’avoir été aussi heureux. Il restait parfois des heures allongé au bord de l’eau, laissant les vagues lui lécher les pieds, offrant sa peau à la morsure du soleil, s’amusant de la sensation du sable coulant entre ses doigts, goûtant le sel séché au bord de ses lèvres. Il perdait la notion du temps. Quand il découvrait de nouveaux coins perdus de l’île, il avait l’impression d’être parti trois jours sans avoir jamais croisé la nuit. A l’inverse, d’autres journées passaient comme l’éclair, rythmées par les baignades et les rires, il se couchait avec la sensation d’avoir vécu un film en accéléré.
En fait, une seule chose lui manquait. Son meilleur ami François. Quand viendrait-il ? Avait-il reçu sa carte ? Le professeur lui disait de ne pas s’inquiéter, c’était sûr, il viendrait les rejoindre.
Il aimait le soir quand, dans la lumière rose-orangée du coucher de soleil, montaient les odeurs de sardines en train de griller. Le professeur chantonnait, les chiens jouaient dans le sable profitant de la fraîcheur du soir. Ils partageaient le dîner, le professeur lui racontait des histoires de pirates et de trésor, il jurait que des pièces d’or se trouvaient encore sur l’île. Lucien n’aurait su démêler le vrai du faux. Ils finissaient la soirée côte à côte, silencieux, simplement éclairés par la lueur d’une bougie, admirant la lune. Jusqu’à ce que Lucien, écrasé de fatigue, regagne le hamac. Le lendemain c’était un cerf-volant aux couleurs éclatantes qu’il ferait voler, c’était un concours de châteaux de sable qui l’attendait, une chasse au trésor avec le professeur qui les tiendrait en haleine… Lucien s’endormait le cœur léger des bonheurs à venir.
Régulièrement, il pensait à François. Pourquoi n’était-il pas encore là ? Quand lui avait-il envoyé cette carte postale déjà ? Il y a un mois ? Non… Une semaine ? Ou hier peut être… Il ne savait plus.

Assis sur son lit, le dos contre le mur, François tenait une photo dans les mains. Sur son visage se lisait une grande tristesse. On les voyait tous les deux, Lucien et lui, à la fête foraine, c’était l’été dernier. Lucien lui faisait des oreilles de lapin et tirait la langue. Le regard de François se perdait dans cette photo et ravivait les souvenirs.
Les mois qui venaient de s’écouler avaient été difficiles. D’abord ils avaient perdu leur professeur préféré. Le vieil homme n’était plus que l’ombre de lui-même depuis que ses deux chiens étaient morts. Il les avait rapidement suivis.
Puis Lucien… Fauché par une voiture, par un chauffard en plein après-midi, aux abords du centre commercial. Les larmes montaient aux yeux de François. Pourquoi la vie lui avait-elle pris son meilleur ami ? C’était vraiment injuste… Il se demandait si Lucien pouvait le voir, s’il était toujours là, sans être là. Il espérait qu’il était bien.
Une certitude habitait François, il ne savait pas dans combien de temps, mais un jour il le retrouverait.

(Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture « En roue libre » du 21/05/2013)

 

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