« Le monde est notre reflet » – Rue D.

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Le monde est notre reflet. C’est ce qu’ils ont écrit et c’est vrai. Quoi de mieux que les murs de cette rue pour représenter la diversité des hommes ? La beauté et la laideur se mélangent pour donner des nuances subjectives. L’accumulation qui fait tourner la tête, ou la sobriété qui va droit au but, efficace. Les murs de la rue D. sont un miroir pour l’âme de ces artistes qu’ils osent enfin offrir aux regards, sans artifice. Ils jouent de leur palette d’émotions, les badigeonnant en gestes larges, ou les appliquant en petites touches précises. Ils aiment bien utiliser la nostalgie pour la couleur de fond, ça donne toujours plus de profondeur au dessin. La tristesse, ils n’en mettent pas beaucoup, ça fait fuir les passants. Mais par contre, la joie, l’amour, l’humour, ils en jettent partout, sans compter. Et moi, je m’en mets plein les yeux : ça brille, ça explose, ça rayonne jusqu’à moi. Si je me penche un peu, j’aperçois des personnages esquissés aux lignes simplistes. Ils semblent se glisser sur les murs et porter toute la naïveté du monde. De sa bande de ciment, un homme cubique m’observe. Le corps rectiligne, tout en angles, j’imagine bien son étroitesse d’esprit.

Et puis, il y a le mouvement. Les lignes s’élancent et plongent, les formes tournoient, les personnages s’animent, suivent des chorégraphies statiques qu’ils répètent à l’infini. Parfois j’ai du mal à les suivre… Ce que je préfère c’est la beauté. Elle est partout. Dans les regards acryliques si vivants, dans leurs phrases qui redéfinissent si bien le monde, comme des évidences tombées dans l’oubli et qu’ils se font un devoir de rappeler.

Ils m’ont vite repérée, les petits jeunes. Je ne descends plus guère l’escalier, mais mes jambes me portent encore jusqu’à la fenêtre, d’où je les observe. Les premiers jours, derrière ma vitre, ils ont du croire que j’avais l’œil réprobateur, comme le vieux chnoque du 5B qui ouvre grand se fenêtre pour leur servir des noms d’oiseau. Pour dissiper le malentendu, je leur fis signe de la main. Depuis, ils peignent pour moi. Tous les mois, précis comme une horloge, ils viennent me changer de paysage. De leurs sourires, de leurs pinceaux et de leurs mots, tous les mois, ils viennent mettre le monde à mes pieds. 

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Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture « En roue libre » du 18/06/2014. Nous sommes allés nous promener rue Denoyez à Belleville, pour y trouver l’inspiration. 

Pour en savoir plus sur cette rue: Paris Street Art

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4 réflexions sur “« Le monde est notre reflet » – Rue D.

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