Jeux d’ombres et de lumière

Prix littéraire

Derrière la porte aux carreaux de verre dépolis, le monde perd ses contours nets. Esquissé au fusain de la lumière, il semble fait de douceur, de rondeur. Imprécis, mais un peu inquiétant. La course désordonnée de ses petites jambes s’était terminée dans le couloir. D’une glissade sur le parquet, elle s’était laissée tomber contre le mur, prenant plaisir à sentir le bas de sa robe se froisser et remonter le long de son dos. Le contraste entre l’obscurité du couloir et la lumière qui filtrait à travers les panneaux de la porte s’était gravé dans ses yeux d’enfant. Et l’image, chargée de sensations contradictoires, était souvent revenue dans sa mémoire d’adulte, comme un des pivots articulant sa vie, sans qu’elle sache pourquoi.

Derrière la porte, le monde perd la netteté de ses contours, le bord flou des silhouettes donne du velouté aux ombres de sa mère et de sa grand-mère, alors que leurs gestes sont saccadés, emportés par la virulence de leur conversation. Gabrielle a cinq ans quand elle assiste à cette scène, elle ne garde que des variations de voix, une mélodie de sons graves, étouffés de discrétion aux éclats soudains de colère. Elle n’aurait pas dû se trouver là. Sa mère avait bien insisté.

« Tu es grande maintenant Gabi, tu restes sagement à jouer dans la chambre, je viendrai te chercher ».

Elle s’était d’abord amusée avec la pièce de deux francs, celle qu’elle avait trouvée dans la rue et qu’elle avait cachée comme un trésor. Celle que les américains avaient fabriquée pour la libération. Quand elle la tenait dans le nid de ses mains, elle avait l’impression de voyager. Mais son imagination bouillonnante avait vite débordé la petite chambre trop sérieuse et la petite fille s’était précipitée à la poursuite de ses rêves dans le couloir de grand-maman. Et elle se retrouvait là, assise dans le noir, fascinée par ce théâtre d’ombre et de lumière. Au vol, elle avait attrapé plein de choses : des images, des gestes, des mots surtout. Mais rien qui ne fit sens. Les phrases s’étaient noyées dans l’immensité des souvenirs que l’enfance lui réservait. Seule la sensation restait. Étrange. L’impression d’avoir surpris un bout du monde adulte caché derrière un rideau.

[…]

 Vous pouvez lire la suite dans le recueil « Derrière la porte », disponible selon les modalités ci-dessous. Vous y trouverez cette nouvelle dans son intégralité, ainsi que les autres très belles nouvelles finalistes du Prix littéraire 2014 de la ville de Thouaré-sur-Loire. Pour le thème du concours nous avions simplement ce début de phrase : « Derrière la porte… »

 

Pour commander le recueil :

Envoyez un chèque de 4€ à l’ordre du Trésor Public à l’attention de Nathalie Menoury-David, Hôtel de ville, 6 rue de mauves BP50316, 44473 Thouaré-sur-Loire en précisant votre adresse pour l’envoi.

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5 réflexions sur “Jeux d’ombres et de lumière

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