Prince des villes

horse cheval

Ce soir, sur le quai de la gare, j’ai croisé un cheval. A la tête de velours, aux couleurs vives des créatures d’Épinal : alezan, et le museau d’un blanc éclatant. Je lui ai tenu la porte au passage du tourniquet. C’est là que j’ai découvert son corps longiligne, en pin, qui rappelait sans aucun doute le manche à balai. Et tout au bout, une minuscule roue de bois, fixée par une cheville métallique. L’animal d’une autre époque reposait dans les bras d’un jeune homme. Pas vingt ans. Pressé. Il me dépassa du pas de l’impatience en retard. Mille questions me traversèrent : Le prince au casque connecté enfourcherait-il sa monture ? Vers quelle incroyable aventure se pressait-il ? Je me hâtai, courant presque, le sourire au lèvres, sûre d’avoir débusqué une fantaisie de la vie. Il prit la même route que moi, mais, quel dommage, laissa la tête au corps fluet se balancer à ses côtés, au rythme de ses pas d’apprenti adulte. Où allais-tu jeune chevalier à l’armure des grands froids, ton fidèle destrier à bout de bras ? Certainement rejoindre une sœur, un cousin, un voisin. Haut comme trois pommes, sans hésitation. Un marmot qui lâchera sa tablette, les yeux agrandis d’incrédulité qu’on lui amène un vrai cheval. Un gamin qui caressera la crinière synthétique, rayonnant de fierté et qui, ce soir, cassera joyeusement les oreilles des voisins dans d’interminables chevauchées fantastiques. Tu peux repartir, Prince, avec dans le cœur, la joie du devoir accompli.

 

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