Quatre mains

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Nous descendions au même arrêt. Moi casquée, encapuchonnée. Elle frêle et âgée. Elle tirait son lourd chariot dans l’allée humide du bus. Je lui proposais de le lui descendre sur le trottoir. Elle accepta de bon cœur. Je m’occupais de son caddie et je la vis s’avancer d’un pas hésitant vers le bord de la haute marche du bus. Je lui tendis ma main libre qu’elle attrapa et se lança, confiante en mon appui. Une fois fermement arrivée au sol, de sa deuxième main, la vieille dame entoura la mienne qu’elle n’avait pas lâchée. « Il y a toujours de bonnes âmes pour m’aider ! ». Son sourire rayonnait. Ses mains douces sur ma main rêche. Je lâchai son chariot pour venir poser mon autre main sur les siennes. « Bonne journée madame ! ». Quatre mains, un instant suspendu, deux inconnues qui se touchent, deux cœurs légers, une journée soudain plus lumineuse. Et chacune reprit son chemin.

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Mon garçon manqué

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Je la regarde souvent sans qu’elle le sache depuis la fenêtre de la chambre, au premier étage. Ma petite-fille… La cour qui sépare le jardin de la maison est un sas entre la réalité et les mondes qu’elle s’invente. Elle s’arrête à la grille verte rongée de rouille, elle marque l’instant. Un moment solennel de recueillement, avant de se lancer dans le jardin de toute sa hâte d’enfant. L’été façonne le jardin et fait exploser les bleuets, les pois de senteur, et les roses. Les parterres s’épanouissent et lui offrent des dizaines de cabanes de verdure, des abris de fraîcheur. Elle prend le temps de se régaler de quelques fraises des bois, mais sans trop tarder, car l’aventure n’attend pas. De toutes les personnalités qu’elle endosse, je sais voir ses préférées. Elle se construit des couronnes de feuilles maladroites, elle se trouve une vielle branche tombée, elle chipe mes tuteurs dans la remise et une vieille ficelle. En dix minutes la voilà en chef indien qui chevauche fièrement son appaloosa autour du potager. Elle lance des flèches hésitantes vers d’invisibles ennemis. L’adversaire doit être coriace, je la vois qui esquive, trébuche et se reprend. Elle se met à couvert, tourne autour des lys orangés et leur décoche un coup fatal. Mais déjà une autre destinée l’attend. Un flèche plus grande que les autres se transforme en épée qui, glissée dans la ceinture de son jean de mousquetaire, tombe par terre. Le ridicule ne l’arrête pas et c’est un d’Artagnan en culottes courtes qui s’élance bientôt à l’assaut des murs, et qui presque grimpe sur le bord du toit de la remise. La main au-dessus des yeux, en embuscade, la voilà qui observe avec attention le jardin des voisins, terrain mystérieux car inaccessible, cachette probable de voleurs, de coupe-jarrets et autre rustres. Mais non. Rien ne bouge à part le gros chat qui, lui, a la chance d’être du bon côté. Du côté des gentils. La voici qui redescend à mon grand soulagement, j’avais déjà la main sur la poignée pour lui crier de descendre de là. Un piège devait lui être tendu juste derrière la poubelle-réservoir d’eau car la bataille fait rage. A grand coups de bambou, elle cogne le coin du mur qui semble savoir très bien jouer du fleuret. L’échauffourée dure. Elle allonge le bras et se fend, frappe et frappe encore. Les bras fatigués, le bambou fendu en deux, la victoire est déclarée. Le mur a perdu. Je la vois qui déjà se cherche une nouvelle fortune, une autre mission. Je la sens fatiguée. Dans dix minutes elle sera remontée, c’est l’heure de préparer le goûter.

Texte écrit dans le cadre du MOOC Écrire une oeuvre de fiction. Il s’agissait d’écrire un souvenir d’enfance du point de vue de quelqu’un d’autre. Il s’agit donc d’un morceau de mes jeux d’enfant que j’ai imaginé vu par ma Grand-Mère. 

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Guerre de verres brisés

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La télé sur le mur du fond enchaîne en sourdine les courses de Longchamp, d’Auteuil, de Vincennes et d’ailleurs. Le comptoir devant lui est lisse et brillant. Tâché d’un rond de verre séché, il reflète un peu plus loin la conversation animée de deux habitués du lieu, casquette et canon de rouge de rigueur, fossiles de bar, intemporels, inamovibles. On trouve les mêmes partout. A croire qu’on les fabrique à la chaîne pour animer les PMU défraîchis des quatre coins de la France. La conversation va bon train entre des considérations politiques convenues, «Tous les mêmes ces politicards ! Des baratineurs qu’en ont qu’après le fric! C’est à cause d’eux si j’en suis là ! Ils s’débrouillent pour qu’on puisse pas s’en sortir, oui monsieur!», et une vision de la société quelque peu restrictive, «Et les jeunes ?! Qu’est-ce qu’y font les jeunes, hein ? Ah ça, pour faire des photos seulfis, ça y va !». Les rares participations du garçon sont à la hauteur de l’endroit: « Dédé, que je te reprenne pas à aller pisser à l’anglaise*, sinon tu r’mets plus les pieds ici ! ».
Et lui. Jean-Philippe Laforget. Jipé pour les intimes. Lui qui ne comprend rien aux chevaux et qui méprise les poivrots enchaînés au bar avec leurs discussions fades dont le seul but est de meubler le silence. Pourtant il les a beaucoup fréquentés ces vides-bouteilles. Il y a de ça cinq ans. Ils étaient son quotidien, le seul lien normalisé qu’il maintenait avec la société. Les pieds nickelés de la bistouille, ses problèmes en écho dans les yeux vitreux des autres. Il en faisait partie. Il se demande ce qu’il fout là aujourd’hui, les deux mains à plat sur le comptoir. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il est entré seul dans un café de hasard. Il se dit que tant que le serveur n’est pas venu, il est encore temps de partir, de tenir bon. Sans pouvoir bouger. Il essaie de se convaincre qu’il teste sa détermination, sachant très bien qu’il a déjà perdu. Il n’a pas eu une journée difficile pourtant. Il a des soucis, comme tout le monde. Son augmentation repoussée à l’année prochaine, les accrochages réguliers avec leurs voisins de palier, sa mère qui commence à perdre la tête, qu’il sent glisser dans la vieillesse. Et cette sobriété sécurisante au point de se croire à l’abri. C’est peut-être là qu’on est le plus vulnérable, dans le déroulé des jours identiques lorsqu’on pense qu’on maîtrise, qu’on baisse la garde et qu’une contrariété vient gripper la mécanique. En sortant du boulot, il avait fait le chemin à pied jusqu’au métro, comme tous les soirs. Sauf qu’au lieu de s’engouffrer dans la moiteur puante de la station Simplon, il avait poussé la porte en verre gras du premier troquet venu. Et le voilà, pétrifié devant un garçon en gilet.
– Et au businessman, qu’est-ce qu’on lui sert ?
– Un whisky. Celui que vous voulez.
Le garçon claque le verre devant lui d’un geste rapide et précis, le remplit généreusement et retourne à ses occupations de cafetier. Le bout de ses doigts posés à la base du verre font danser le liquide, dans un sens puis dans l’autre. Le contact froid du verre a lancé une étincelle de désir en lui, un feu couvant qui s’embrase. Il sent déjà le goût dans sa bouche, la chaleur dans son corps, la torpeur dans ses muscles. Des souvenirs exacerbés par des années de manque, qui n’ont plus rien à voir avec la réalité. Insidieusement, une autre logique prend place. Une logique forte de convictions. Il veut se faire croire qu’il ne prendra qu’un verre, que ça ne suffira pas à briser des années d’efforts. Tout le monde boit un coup de temps en temps sans tourner alcoolique pour autant. C’est du bon sens. Au plus profond de lui il se dit qu’il est capable de se maîtriser, de s’arrêter quand il l’aura décidé. Et c’est sur cette contradiction qu’il amorce son geste.
Le plaisir ne dure que le temps de la lente ascension du verre à ses lèvres. Un plaisir grisant, une bravade à la bien-pensance, l’excitation de briser un interdit, la satisfaction de s’autoriser un écart, la récompense bien méritée après tant d’efforts. Un mélange jouissif impossible à combattre. Cul-sec. L’alcool froid et piquant coule sur sa langue coupant nette la vague d’extase. Une chute vertigineuse du haut de ses chimères vers le sol froid et dur de la réalité. Tout ce qui le répugne chez lui est contenu dans cette première gorgée. Son aveuglement, sa dépendance, sa lâcheté, sa faiblesse. Son découragement et son incapacité à réagir. Il avale, ferme les yeux et rappelle le garçon.
Son moral a viré au gris. Il devrait partir, il le sait. Mais il ne peut pas. Son corps a cessé de lui obéir. Un dédoublement familier s’est opéré. Entre l’esclave trop content de retrouver la morsure de ses chaînes, et l’homme sevré qui observe consterné son double anéantir les cinq dernières années. Son verre est à nouveau plein. L’unique solution au mal être qui le ronge semble se trouver là, posée sur le comptoir douteux d’un troquet ordinaire. Le réconfort l’attend à portée de lèvres, l’engourdissement de ses pensées, sa conscience muselée, et, il ose à peine se l’avouer, une étrange et fugace sensation d’amour. Un verre, deux verres, quelle différence ? Ça ne changera pas grand-chose, l’écart est fait de toute façon. Aux États-Unis, ils décernent des médailles à chaque étape de l’abstinence, on voit ça dans toutes les séries B. Des médailles dont on est fier et qu’on exhibe, comme au combat. C’est tout à fait ça ! C’est une guerre de tous les instants cette saloperie. Le feu de cette goulée cul sec incendie sa gorge comme un obus en plein territoire allié, et son objectivité s’érode. Les restes de sa volonté fondent comme un glaçon dans un fond de Ricard en plein soleil d’été.
– Garçon !
Il n’ajoute rien. Seul son pouce tourné vers le bas, en direction de son verre, exprime clairement son désir. Ce même pouce que les romains baissaient pour achever les vaincus au cœur des arènes. Un perdant, c’est bien ce qu’il est, qu’on l’achève… Il prend son temps. Il est hypnotisé par le liquide ambré, sa façon d’attraper la lumière dans des éclats caramel, et le monde qu’il voit à l’envers dans le liquide coloré. C’est ça sa vie. Une vie sans dessus dessous noyée dans l’alcool. Il s’en veut tout en étant persuadé que c’était inévitable. Il tangue. Il s’accroche.

Demain la culpabilité le rongera. Sobre, il devra faire face au dégoût de tout son être. Rien à voir avec ce qu’il ressent maintenant qui n’est finalement qu’une excuse. Jipé le sait bien du fond de son brouillard grandissant. Demain, il faudra qu’il subisse la violence de son regard dans le miroir, la cruauté de sa propre condamnation. Il fera des promesses qu’il ne tiendra peut-être pas.
Et puis il y aura les autres. Ceux qui l’entourent. Fâchés, inquiets, mais bienveillants. Leur mansuétude qu’il est incapable de s’accorder et sans laquelle rien ne serait possible. Demain sera un autre jour de guerre, un de plus, car une seule bataille perdue ne détermine pas l’issue d’un conflit.

*Aller pisser à l’anglaise: Partir sans payer.

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Concours : Résultat! :)

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Je vous souhaite une merveilleuse année à tous! Qu’elle soit remplie de livres à dévorer, de belles histoires et d’aventures à pleine pages!

J’ai passé les mille abonnés depuis quelques jours et je viens de procéder au tirage au sort parmi les participants. Un petit tirage au sort maison et vintage, avec papiers ciseaux et joli bol et la chance a choisi : Buline!

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Quant au prix, voici le nom du roman tant attendu: La nuit des temps de René Barjavel. C’est un des rares romans qui a réussi à me tenir éveillée la nuit jusqu’à des heures qui se rapprochent du matin, malgré le réveil aux aurores qui m’attendait.

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Merci à tous d’avoir participé, surtout merci encore à tous pour vos gentils messages et votre soutien! A bientôt pour un nouveau concours 🙂

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De l’ombre à la lumière

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« Cela fait longtemps qu’il n’a pas entendu ce bruit. Il doute de son oreille et il est dans le noir. Au bout d’un moment, il tient pour certain qu’on frappe à la porte. »

Il se méfie pourtant des certitudes. La prison en est pleine, elles sont souvent trompeuses. Après tant de temps passé entre ces murs aveugles, il a dû apprivoiser cette obscurité totale. Du bout de ses doigts, du bout des sens. Un apprentissage à fleur de peau où chaque choc délimite l’espace autour de lui. Il a encore du mal à réconcilier ces deux vérités. Ses yeux plongent dans une immensité obscure, sans fin. Son corps se heurte aux choses trop proches. Un vieux lit de fer. Une cuvette posée à même le sol. Et les murs, froids et durs. Il sait qu’au cœur de tant de noir l’esprit joue des tours. La mémoire, par exemple, a tendance à prendre des proportions insoupçonnées. Elle vient remplacer les images que ses yeux ne voient plus. Elle s’étend et s’épaissit, recouvrant chaque paroi, occupant chaque recoin, comme un écran de cinéma opaque et biscornu sur lequel il projette ses souvenirs. Il s’y absorbe à en oublier sa réclusion. Le plus souvent il repense à Lucía, sa fille. Cette enfant, presqu’une jeune femme, qu’il n’a pas vue grandir. Il ne se doutait pas de son existence, jusqu’à ce petit matin d’octobre où elle était venue frapper à sa porte. Il avait suffi d’une porte ouverte sur le brouillard matinal pour se retrouver père. Une porte ouverte sur le temps, où se côtoyaient le passé si proche et ce présent qui l’observait du haut de ses dix-sept ans. Son monde avait basculé sans préambule, ni délai réglementaire. Il s’était senti vieux. Il n’avait eu aucun mal à la croire, elle ressemblait tellement à Graciela. Dos guisantes en una vaina[1]… Pris dans les ténèbres, il repense souvent à la vie qu’elle a dû avoir. A cause de lui. A cause de son absence, de son ignorance. Une enfance lourde à porter, les moqueries de ses camarades à l’école Santa Marta, les commérages des voisins, les médisances qui bruissent tout au long des rues d’Asunción.

Les coups résonnent à nouveaux, faisant trembler le silence, chassant les souvenirs et le beau visage de Lucía. Pourtant il connait par cœur les rondes des geôliers, le bruit de leurs pas, le raclement de la gamelle en fer sur le ciment nu, qu’ils lui poussent sans un mot, sans un regard. La seule lumière de sa journée vient de là. De cette trappe au ras du sol s’ouvrant sur l’éclat sale d’une ampoule poussiéreuse. Aussi faible soit-elle, elle l’éblouit. Il doit s’en protéger. Puis trouver à tâtons la bouillie indéterminée qui lui tiendra à peine jusqu’au soir. Il sent dans son corps lorsque les matons tardent, souvent délibérément. Les coups continuent. Insistants. Il sait qu’il est trop tôt. Il sait aussi que s’il ne fait pas attention, son esprit esseulé peuple le noir d’ombres du passé, lui susurre des mots d’avant qui n’ont jamais existés, construit des conversations qui n’ont jamais eu lieu. Combien de fois il a cru entendre un murmure, un appel ? Combien de fois a-t-il répondu  à voix haute, soudain surpris par l’intensité de sa propre voix et la profondeur du silence en retour ? Trop de fois pour qu’il ose se l’avouer. Non, il n’est pas fou. Non… La folie. Ce monstre tapi derrière les lourds rideaux de l’obscurité. Se concentrer sur les souvenirs, s’accrocher au passé, à ce qui est arrivé, à ce dont il est certain. Voilà ce qu’il faut faire.

Lucía, Lucía, ma fille. Pourquoi Graciela ne lui avait-elle rien dit ? Pourquoi avait-elle laissé partir le jeune imbécile qu’il était ? Elle l’avait laissé courir après ses envies d’aventure, sa soif de grands horizons, ses rêves de richesse, préférant user sa santé jusqu’à la corde pour subvenir aux besoins de leur petite Lucía. Jusqu’au jour où la corde avait lâché.

La culpabilité le ronge de savoir que la gamine s’est retrouvée dans un foyer crasseux du quartier de Bañado Norte. Comme si elle n’avait pas déjà assez morflé ! Il avait découvert une jeune fille étonnante, déterminée. Même encore maintenant, ça le remue qu’elle se soit démenée pour le retrouver, qu’elle ait fait la route qui sépare Asunción d’Areguá, son village, pendant trois jours à marcher au bord des routes poussiéreuses. Elle s’était présentée avec une franchise désarmante, sans jamais s’apitoyer sur son sort. Ses mots simples dissimulaient presque entièrement l’émotion qui lui nouait la gorge et assourdissait parfois sa voix. Il ne sait pas s’il aurait eu ce courage, cette capacité à aller se chercher un père dans la vie d’un inconnu. Il avait été incapable de refermer la porte, elle l’avait pris au cœur.

La porte renforcée de sa cellule résonne encore de chocs martelés. Et ces coups alors ? Et cette voix qu’il croit percevoir? Des fantômes qu’il créée de toute pièce ou un être bien vivant derrière la porte ? Après une hésitation, au risque de basculer dans la démence, il répond « je suis là !». Un silence plus long que les autres. Noir et lourd écrasant sa poitrine. Des bruits étouffés, un cliquetis métallique, des grincements rouillés et des mots bien nets, déchirant le silence.

– Le gouvernement est renversé, camarade ! Tu es libre !

[1] Comme deux petits pois dans une cosse : comme deux gouttes d’eau.

Texte écrit dans le cadre des ateliers « Alice et les mots« . Le début du texte était imposé (phrases en bleu) et emprunté à un roman dont je ne me souviens plus du nom (diantre!)  Actualités littéraires, ateliers d’écriture, concours et conseils d’écrivains: venez me suivre sur Facebook!

Concours : Gagnez un roman!

Mon blog s’approche des 1000 abonnés (qui l’eut cru!?) et je me suis dit que l’occasion valait bien un petit événement pour marquer le coup!

Gagner quoi?

Mon roman préféré! Je garderai la surprise jusqu’au bout… Quelques indices tout de même: c’est un auteur connu, un auteur mort et son livre n’a pas pris une ride 🙂

(à savoir que j’irai l’acheter dans une petite librairie indépendante, ça fait pas de mal!)

Comment gagner?

Quelques conditions pas trop compliquées :

  • Aimer la lecture!
  • S’abonner à mon blog WordPress jusqu’à ce qu’on soit 1000!
  • S’abonner à ma page Facebook: https://www.facebook.com/CLejeail/
  • Mettre un petit commentaire ici pour que je puisse vous retrouver!
  • Je procéderai au tirage u sort parmi tous mes abonnés dès le 1000ème abonné!

Que la chance soit avec vous pour cliquer au bon moment! 🙂

PS: j’ai modifié légèrement le règlement pour que tout le monde puisse gagner, y compris les fidèles de  la première heure! 🙂 

concours-livres

La peur n’attend pas

infirmiere-nurse-urgence-hopital

Y’a pas grand monde ce soir. Pas de match de foot, pas d’événement particulier. Les rues sont vides, ça aide. Le jaune des murs tire à l’aigre depuis des années. Une couleur maladive comme le teint bilieux d’un visage qui en a trop vu. C’est de circonstance. Les murs en témoins muets des souffrances humaines. C’est peut-être pour ça qu’on ne les repeint pas. Au plafond, un des néons clignote par intermittence, sans régularité. Son grésillement agaçant souligne l’évidence du silence. Je devrais être soulagée, trouver ça reposant. C’est tout le contraire. Ça m’énerve. Les internes sont partis se reposer. Un seul s’active au bout du couloir, passant discrètement de chambre en chambre. Je vois son reflet déformé s’agiter dans la brillance du lino bleu pâle. Les autres infirmières sont parties prendre un café. Elles m’ont laissée là. Au cas où.

Les gens qui arrivent ici veulent tous voir le docteur. Tout de suite. Maintenant. C’est urgent. Le spécialiste, avec ses beaux diplômes. Souvent ils connaissent même leur nom et n’en démordent pas. « On est là pour le Docteur Maliant. C’est pour mon mari, vous voyez… ». Nous, on est juste « Mademoiselle ». Et on compte un peu pour du beurre. Bien sûr, on accueille, on aide, on fait les prises de sang, on ajuste les oreillers. On explique, aussi. Mais c’est pas pareil. Ça se voit bien dans leurs yeux. Nos mots n’ont pas le même poids. Ils n’ont pas l’autorité du titre. Ils n’ont pas force de vérité. Pourtant on a notre spécialité, nous aussi. Eux, ils soignent les blessures, les malaises, les symptômes graves, inquiétants. Les corps, les bras, les têtes, les cœurs. Mais nous, on soigne la peur. La plus évidente : la peur de la mort. Mais pas que. On pousse loin notre spécialisation. La peur de la douleur. La terreur de la piqure, la crainte de la dépendance, de la solitude, l’angoisse de ne plus jamais ressortir d’ici. La peur de se voir tel qu’on est : fragile et éphémère. On maîtrise toutes ses nuances, ses degrés de gravité. Tous ses moyens d’expression aussi. Celle qui coule en larmes discrètes mais incontrôlables. Celle qui s’oublie dans un relâchement de vessie. Celle qui se crie, se hurle, qu’on essaye de noyer dans le bruit. La peur impassible des visages immobiles et contractés, les yeux perdus dans le vide. C’est peut-être celle-là la plus dangereuse : Celle qui ne se dit pas, qu’on garde pour soi, qui ronge les tripes et les cœurs. Il faut être attentive pour la détecter celle-là. On devrait en faire un diplôme de cette habilité là. Soignante mention peur.

Au loin une sirène hurle et se rapproche graduellement. Une ambulance ! D’instinct je me lève. Plus le temps de philosopher. La peur n’attend pas.

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